Après la victoire maîtrisée contre le LOU, le Stade Toulousain doit rebondir en Champions Cup. Mais un élément de taille bouleverse les plans d’Ugo Mola : le forfait de Romain Ntamack. Touché au dos, le maître à jouer du XV de France manquera le déplacement crucial sur la pelouse des Saracens. Un coup dur, certes, mais qui révèle aussi un choix stratégique inattendu : c’est l’Écossais Blair Kinghorn, et non Thomas Ramos, qui portera le numéro 10.
Pourquoi ce choix ? Que nous dit-il du projet de jeu toulousain ? Décryptage d’une décision qui pourrait bien redéfinir les équilibres du Stade en coupe d’Europe.
Kinghorn préféré à Ramos : un signal fort dans la hiérarchie toulousaine
Depuis son arrivée à Toulouse, Blair Kinghorn a principalement évolué à l’arrière, concurrençant directement Ramos et Mallia sur le poste de numéro 15. Sa polyvalence était connue, son potentiel à l’ouverture, moins évident – du moins dans le cadre très structuré du jeu toulousain. Pourtant, dimanche contre les Saracens, c’est bien lui qui démarrera en 10 à la place de Ntamack.
En conférence de presse, Ugo Mola a éclairé ce choix : « Il nous amène évidemment des caractéristiques de qualité de passe et d’engagement qui nous permet de jouer aussi autour de lui. Et vraiment une qualité de passe assez exceptionnelle sur sa vitesse d’exécution qui permet par moments d’aérer le jeu » (source : conférence de presse Stade Toulousain, 10 janvier 2025).
Ce que Mola privilégie ici, c’est la vitesse d’exécution et la précision technique de Kinghorn. Face à une équipe aussi dense et agressive que les Saracens, la capacité à faire circuler rapidement le ballon et à prendre les intervalles est cruciale. En positionnant Ramos à l’arrière, Toulouse conserve aussi sa maîtrise du jeu au pied long et son expérience de relance.
Impacts tactiques : une ouverture plus explosive, mais un jeu au pied moins gestionnaire ?
Kinghorn à l’ouverture, c’est un virage vers un jeu plus direct, plus aéré mais aussi potentiellement plus risqué. L’Écossais, formé chez les professionnels à l’arrière, n’a pas l’habitude d’organiser le jeu sous pression comme peut le faire un Ramos ou un Ntamack. Cela pourrait occasionner des temps faibles en gestion.
Mais le staff rouge et noir fait le pari de l’explosivité offensive. Kinghorn apporte une double menace : passe laser et capacité à casser les lignes balle en main. Un profil plus proche d’un Beauden Barrett que d’un classique ouvreur gestionnaire. Cela pourrait s’avérer payant contre une défense anglaise rugueuse, habituée à verrouiller le cœur du jeu.
On notera aussi l’intelligence derrière le repositionnement : le duo Ramos (arrière) / Kinghorn (ouvreur) permet de maximiser le temps de jeu des deux joueurs tout en exploitant leurs complémentarités. Ramos reste l’un des meilleurs finisseurs et relanceurs d’Europe, avec un jeu au pied capable d’inverser le rapport de force. Kinghorn, lui, devient le catalyseur du jeu offensif à la charnière.
Les enjeux pour la suite : gestion de l’effectif et retour espéré de Ntamack
Romain Ntamack, ménagé à Perpignan et forfait pour les Saracens, pourrait revenir dans les quinze prochains jours selon Ugo Mola : « Romain est trop juste pour être opérationnel ce week-end. Ça va se jouer à une semaine ou quinze jours. »
D’ici là, Toulouse doit maintenir le cap en Champions Cup. Après la défaite frustrante à Glasgow, une réaction est attendue face aux Saracens. Cette rencontre revêt une importance capitale dans la course à la qualification. Le choix Kinghorn est donc aussi un test, grandeur nature, pour jauger la profondeur de l’effectif en vue des phases finales.
En cas de performance convaincante, l’Écossais pourrait bien s’installer durablement comme une option n°2 à l’ouverture. De quoi offrir plus de flexibilité à Mola… et relancer la concurrence interne à l’aube d’un printemps décisif.
Et si ce coup de poker technique devenait le tournant stratégique de la campagne européenne du Stade Toulousain ? Réponse dimanche à Londres, face à l’une des armées les plus disciplinées du continent. Le choix de Kinghorn ne manque ni d’audace… ni d’enjeux.