Antoine Dupont reste un mur infranchissable au poste de demi de mêlée, même pour les talents les plus affirmés du Top 14. C’est cette réalité qui a conduit Thibault Daubagna, cadre emblématique de la Section Paloise, à faire un choix de carrière fort : refuser une opportunité de rejoindre le Stade Toulousain afin de rester titulaire à Pau. Alors qu’il découvre enfin le XV de France à 30 ans, ce choix prend une résonance toute particulière.
Un choix de carrière entre réalisme et fidélité
À l’été 2019, la tentation était réelle. Après plusieurs saisons solides à la Section Paloise, Thibault Daubagna était dans le viseur du Stade Toulousain. Rejoindre la Ville Rose, c’était renforcer ses chances de briller dans les grandes compétitions européennes et de taper à la porte des Bleus. Mais à Toulouse, un certain Antoine Dupont s’installait déjà comme le demi de mêlée numéro 1 incontesté, autant en club qu’en sélection.
« Oui, j’avoue, j’ai failli rejoindre Toulouse. L’idée me plaisait, mais le projet était super concurrentiel, puisque j’aurais été le numéro 2 d’Antoine Dupont », confiait Daubagna le 17 janvier 2025 à la presse (source : conférence FFR, millésime 2025). Même si la perspective toulousaine était séduisante sportivement et économiquement, Daubagna a opté pour un projet où il garderait les clés du jeu.
Ce choix résonne aussi avec une dimension affective. Natif de Béarn, formé à Pau, Daubagna est viscéralement attaché à sa région. Quitter la Section aurait signifié tourner la page d’une décennie de fidélité et de titularisations incontestées (297 matchs à ce jour).
Un impact sur les dynamiques du Stade Toulousain
Si Daubagna avait rejoint le Stade Toulousain, cela aurait potentiellement modifié en profondeur la rotation au poste de demi de mêlée. Toulouse, très dépendant d’Antoine Dupont, connaît chaque saison des plages sans son capitaine, retenu avec le XV de France ou mis au repos. Dans ce contexte, disposer d’un joueur de l’expérience de Daubagna aurait offert à Ugo Mola une alternative de haut niveau, réduisant la pression sur Dupont et renforçant la profondeur d’effectif sur ce poste-clé.
Actuellement, Toulouse mise sur Baptiste Germain et Paul Graou comme « relayeurs » de Dupont. Bien qu’efficaces, ils n’ont pas encore ni l’expérience cumulée de Daubagna ni sa régularité. À l’approche des phases finales du Top 14 2025 et des matchs couperets de Champions Cup, l’absence d’un deuxième demi de mêlée de calibre international reste un point faible relatif dans l’architecture toulousaine.
Daubagna chez les Bleus : une récompense tardive mais méritée
Le scénario connaît un heureux rebondissement. Six ans après ce choix fort, Daubagna vit aujourd’hui sa première campagne avec le XV de France. Sélectionné lors du Tournoi des Six Nations 2025, il a connu ses deux premières capes sous le maillot tricolore, devenant à 30 ans un modèle de persévérance.
Ce début d’intégration chez les Bleus montre que rester en Top 14 dans un club de moindre notoriété ne signifie pas renoncer à une carrière internationale. Sa régularité, sa gestion du tempo et son engagement à Pau ont fini par payer. Et son profil d’organisateur au style sobre mais rigoureux peut offrir une alternative précieuse à Fabien Galthié dans une rotation derrière Dupont.
Un message fort dans un rugby de plus en plus tourné vers la mobilité
À l’heure où de nombreux joueurs choisissent d’aller chercher la gloire dans les grosses écuries pour accéder plus vite à l’équipe de France, le parcours de Daubagna porte un message singulier : la fidélité à son club formateur peut aussi déboucher sur la reconnaissance au plus haut niveau.
Pour le Stade Toulousain, cette non-signature est à la fois une opportunité manquée et un rappel stratégique : en l’absence d’un dauphin crédible à Dupont, chaque printemps est un jeu d’équilibriste pour maintenir l’excellence. À Pau, Daubagna continue de briller en patron, et en bleu, il n’est plus dans l’ombre, mais bien dans la lumière.