Le Stade Toulousain s’est offert une troisième couronne consécutive en Top 14, mais à quel prix ? L’intensité de la saison dernière, marquée par un calendrier infernal, des blessures en cascade et des événements humains marquants, a laissé des traces. En cette rentrée 2025, Ugo Mola, fidèle à son sens de l’anticipation, a bouleversé ses routines estivales pour préserver ses troupes. Une décision saluée par le staff, et en particulier Jean Bouilhou.
Un été sous le signe de la lucidité : couper pour mieux repartir
Le Stade Toulousain a terminé sa saison 2024 sur un nouveau sacre en Top 14, mais ce triomphe s’est accompagné d’une usure physique et mentale rare. Entre les longues absences de cadres comme Antoine Dupont, les blessures de joueurs clés, et la disparition tragique de figures du club comme Helen Tekori et le jeune Mehdi Narjissi, le groupe est sorti épuisé d’une saison à rallonge, accentuée par la Coupe du Monde 2023.
Dans une interview accordée au journal L’Équipe (source : https://www.lequipe.fr/Rugby/Actualites/-peut-etre-faut-il-faire-evoluer-notre-jeu-jean-bouihou-entraineur-adjoint-du-stade-toulousain-sur-les-chantiers-de-la-presaison/1584559), Jean Bouilhou, entraîneur des avants, confie que Mola a pris une décision rare dans le monde professionnel : laisser davantage de repos à ses joueurs. « Ugo Mola a senti qu’il fallait que les joueurs coupent un peu plus longtemps que d’habitude », explique-t-il. Une pause prolongée qui contraste avec l’habituelle reprise rapide, souvent dictée par les exigences du haut niveau.
Un pari audacieux, mais intelligent. Car en mixant dès la reprise travail physique exigeant et ateliers rugbystiques, le staff toulousain espère maintenir l’intensité tout en préservant la fraîcheur. On est loin de la préparation linéaire classique. Il s’agit ici de s’adapter, de repenser pour durer.
Des joueurs au rendez-vous, Paul Costes en leader de reprise
La reprise s’est faite tardivement, Toulouse étant la dernière formation du Top 14 à chausser les crampons en 2025. Mais les feux sont au vert. « C’était la rentrée des classes. Mais on s’est vite aperçu que les mecs avaient bossé », s’est réjoui Jean Bouilhou. L’épreuve du test Bronco, référence dans l’évaluation de la condition physique, a révélé un groupe affûté malgré la coupure.
Paul Costes, révélation de la saison passée au poste de centre, s’est distingué avec un temps impressionnant de 4’20”. Les autres trois-quarts ne sont pas loin, et les meilleurs avants passent la barre symbolique des cinq minutes. Des données qui témoignent de l’implication individuelle pendant la trêve et du sérieux global du groupe.
Cette approche personnalisée de la présaison préfigure une année 2025 stratégique, où l’enjeu sera de gérer les pics de forme pour performer à nouveau en Top 14, et surtout viser plus haut en Champions Cup. Rappelons que Toulouse reste sur deux demi-finales consécutives en Coupe d’Europe, éliminé par La Rochelle l’an dernier dans un match d’une rare intensité.
Une nouvelle dynamique avant un automne déjà décisif
La rentrée différée et l’approche innovante de Mola ne sont pas sans conséquences sur la dynamique du groupe. En intégrant plus tôt les routines ballon en main à la préparation, le staff vise une montée en puissance plus rapide, en phase avec les objectifs européens dès octobre.
Ce recalibrage pourrait aussi permettre de limiter les blessures musculaires, nombreuses l’an dernier en raison d’un enchaînement mal anticipé des charges. C’est aussi un signal fort envoyé à un effectif riche mais sollicité, où les doublures auront elles aussi un rôle vital à jouer.
Enfin, cette gestion humaine renforcée, dans les pas d’un Mola toujours plus fin psychologue que dictateur, est un message clair : le club ne veut pas seulement gagner. Il veut durer. Et pour une institution à l’ambition continentale comme le Stade Toulousain, c’est plus qu’un détail, c’est un plan à long terme.
Avec une reprise sous contrôle, des joueurs investis et un staff en constante remise en question, le Stade Toulousain aborde cette saison 2025 avec un objectif clair : bâtir sur la résilience pour mieux viser l’excellence.