Depuis l’intégration des franchises sud-africaines en 2022, la Champions Cup traverse une zone de turbulences. Le nouveau format de la compétition européenne, censé booster l’attractivité et la diversité, peine à convaincre. Et ce n’est pas Thierry Dusautoir, double champion d’Europe avec le Stade Toulousain et voix influente du rugby français, qui dira le contraire.
Un format élargi… mais bancal ?
L’entrée fracassante des franchises sud-africaines (Stormers, Bulls, Sharks et Lions) dans les compétitions européennes en 2022 – à la fois en Champions Cup et en Challenge Cup – a bouleversé la dynamique historique du tournoi. Ces équipes, issues du United Rugby Championship, ont apporté avec elles un niveau athlétique impressionnant… mais aussi un lot de complications logistiques et sportives majeures.
Depuis cette réforme, les critiques fusent. Les groupes sont déséquilibrés, les affiches à sens unique se multiplient, et les déplacements intercontinentaux pèsent lourdement sur la compétitivité des formations européennes. Les Irlandais, notamment, bénéficient d’un traitement de faveur en n’étant pas obligés de voyager en Afrique du Sud, un point qui suscite de vives réactions parmi les suiveurs, mais surtout, au sein même du monde du rugby professionnel.
Dusautoir tire la sonnette d’alarme
Dans un entretien relayé par La Dépêche le 2 février 2026, Thierry Dusautoir n’a pas mâché ses mots : « J’attends toujours que les équipes sud-africaines fassent une bonne Champions Cup », déplore-t-il. « Maintenant, c’est trop compliqué. Il faudrait quatre poules de quatre ».
Une critique fondée : à ce jour, aucune franchise sud-africaine n’a atteint le dernier carré de la Champions Cup. Si les Sharks ont remporté la Challenge Cup en 2024, cela reste un maigre lot de consolation au regard des ambitions nourries à leur arrivée. Le contraste est saisissant face à des clubs comme le Leinster, le Stade Toulousain ou La Rochelle, qui dominent régulièrement le haut du tableau.
Le principal grief exprimé par l’ancien capitaine des Bleus concerne l’iniquité du format actuel. Alors que certaines équipes envoient leurs jeunes ou leurs remplaçants pour contourner les déplacements longs et coûteux, d’autres – comme Toulouse – continuent à prendre la compétition au sérieux, au risque d’y laisser des forces considérables en pleine saison.
« Il est très difficile pour les joueurs de voyager d’ici jusqu’en Afrique du Sud pour ensuite revenir jouer », souligne à juste titre Dusautoir. La logistique impacte aussi la performance, et donc l’équité sportive. En clair : certains clubs sont plus pénalisés que d’autres, pour les mêmes objectifs.
Quel impact pour le Stade Toulousain ?
Pour le Stade Toulousain, toujours en quête de titres en Top 14 et en Champions Cup, l’actuel format représente un défi de taille. Entre gestion de l’effectif, déplacements éprouvants et manque de lisibilité du calendrier, le club rouge et noir doit faire preuve d’adaptation permanente.
Ugo Mola et son staff, souvent prudents dans leurs compositions d’équipe en phase de poule, n’ont eu d’autre choix que de prioriser les rencontres à fort enjeu. Résultat : la profondeur d’effectif devient essentielle, mais cela ne suffit pas toujours. L’usure physique et mentale d’un déplacement en Afrique du Sud en plein hiver européen est bien réelle, et les chiffres parlent d’eux-mêmes : les performances toulousaines sont bien meilleures à domicile.
Vers un retour en arrière ? C’est en tout cas ce que souhaite Thierry Dusautoir. Une formule plus classique, avec « 4 poules de 4 », redonnerait à la compétition une structure claire, des matchs équilibrés, et garantirait que toutes les équipes jouent à armes égales.
La Champions Cup à la croisée des chemins
Alors que l’édition 2025 bat son plein, l’EPCR (organisateur de la compétition) fait face à une remise en question croissante. Si la diversité géographique est une richesse, elle ne doit pas se faire au détriment de la compétitivité et de l’équité.
Les clubs historiques comme le Stade Toulousain, qui investissent pleinement la compétition depuis sa création, méritent un tournoi qui récompense l’engagement total. Si Dusautoir appelle à un retour à l’ancienne version, ce n’est pas par nostalgie, mais bien pour défendre l’intégrité d’une compétition qu’il a contribué à bâtir au sommet de l’Europe.
En attendant une éventuelle réforme, les clubs devront continuer à jongler avec les contraintes… et espérer que, malgré tout, la Champions Cup reste la vitrine du meilleur rugby de clubs au monde.